17.02.2012

Grèce : Par le feu et par les larmes, l'union budgétaire

 

Nous avons vu ce soir aux actualités des scènes qu’on eut cru depuis un certain temps disparues en Europe :  une capitale en flammes , son Parlement votant au bruit des explosions des mesures impopulaires, dans un palais assiégé par la foule. Des images qui nous rappellent un certain 6 février 1934 par exemple, place de la Concorde. Bien sûr nous n’en sommes pas là mais ce qui se passe à Athènes est extrêmement préoccupant.

Préoccupant pour la Grèce, pour l’avenir de l’Europe, pour le sens de l’Europe.

Soit ! Les Grecs ont exagéré, ils ont profité du système, de l’Europe, de l’euro ;  leur classe politique a menti des années sur leurs déficits, ils ont trompé leurs partenaires, laissé se généraliser la corruption et la fraude… Certes ils ont accumulé un déficit record, insoutenable, incroyable, monstrueux. Certes leur économie est peu compétitive, peu adaptée, peu industrielle, certes.. mais cela justifie t’il ce que nous les forçons a faire ? Nos dirigeants européens sont-ils conscients de ce que les grecs vont penser d’eux et de l’Europe, sont-ils conscients de la condescendance et du mépris avec  lequel ils traitent la Grèce désormais ? Les grecs ont il mérité tel abaissement de leur pays, tel mépris, telle honte, de la part de leur concitoyens européens ?

Reprenons les faits : Dans l’urgence de la crise on avait monté un artifice pour sauver la Grèce : les créanciers privés allaient participer, l’Europe allait mettre une somme équivalente sur la table : 130 milliards d’aide, à peu près autant de remises de dette, la Grèce voyant sa dette réduite à 120 % du PIB, une belle construction de solidarité. Mais au moment d’appliquer ce plan, soudain les créanciers privés rechignent. Les grecs ont enchaîné les plans d’austérités et de libéralisation, ils en votent malgré la rue, toute la classe parlementaire acceptant avec un sens du bien commun remarquable un véritable suicide politique. Ils rentrent dans les objectifs demandés pour le déclenchement du plan. Mais la troïka juge qu’il faut 300 millions d’économies supplémentaires, 300 millions alors qu’on se prépare a verser 100 milliards d’aides ! Ça commence a ressembler à de la mauvaise volonté, d’autant que le ministre des finances allemand se permet quelques déclarations comme quoi la Grèce serait un puits sans fond ? Et enfin quand Athènes assure avoir arrangé l’affaire des 300 millions, l’Eurogroupe juge les décisions prises « insuffisantes ».

Et on dit que l’Europe serait presque prête a assumer une faillite grecque, et on joue avec le feu, et on laisse trainer les choses.. on a l’impression que nos gouvernants n’ont rien appris de la crise ou qu’ils sont stupides ! Car enfin, la Grèce, un puits sans fond ? sans fonds, certes.. mais enfin la Grèce a un PIB ridicule par rapport au PIB européen, et 200 % du PIB grec ce n’est jamais qu’un petite, très petite partie du PIB de l’Europe : un puits sans fond aisé a remplir.

On a l’impression ( je dis bien l’impression ) que selon un titre ( assez hilarant d’ailleurs ) du Canard Enchaîné, les dirigeants européens souhaitent « que les Grecs aillent se faire foutre chez eux »

La Grèce est traitée avec mépris, on engueule ses gouvernants lors de sommets internationaux, on lui refuse un référendum, on retarde avec un souverain mépris de créancier molieresque le paiement du plan d’aide, on chipote, on discute, on se permet de petites piques… On prie les Grecs de réduire leurs déficits, de se rendre compétitifs, libéraux, de faire en un an les transformations que la France a mis dix ans à faire sous Chirac et Sarkozy : privatisations, libéralisation des secteurs…

On peut s’indigner du sort fait a nos frères Grecs, a nos concitoyens grecs. Oui. C’est ce que font les Grecs. On peut se résigner, c’est ce que font les Grecs.

On peut aussi se demander pourquoi M. Schaüble, ministre des finances de la République Fédérale d’Allemagne, homme respecté, respectable, européen convaincu ( et c’est rare), un homme qui se dit prêt ,à titre individuel, à transférer la souveraineté budgétaire de l’Allemagne à Bruxelles, pourquoi un tel homme, qui est sans doute un des grands politiques européens de la décennie,  joue avec le feu d’une possible faillite de la Grèce comme un gamin impulsif.

C’est un problème difficile en apparence. Mais au fond, tout est dans ses propos : M. Schaüble parle d’un puits sans fond, on a vu pourtant que s’il sait calculer, il voit bien que la dette de la Grèce n’est pas un poids insoutenable pour l’Europe, et croyez bien qu’il sait calculer.

La Grèce est un puits sans fond car ses structures économiques sont archaïques, que son industrie est pauvre, qu’elle n’est pas adaptée à la mondialisation, qu’elle aura un mal énorme à changer toute sa ligne politique, ses habitudes, et à ne pas devenir un déficit permanent et impossible à combler. Ce n’est pas l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne, pays industrialisés, intégrés aux circuits mondiaux, dynamiques. On lit que les Grecs refusent de libéraliser les secteurs des professions libérales et du commerce, ce que, lit-on, les Espagnols ont fait. Mais les Grecs reviennent de bien plus loin que les Espagnols. Ils ont besoin de réformes radicales, ils ne les feront que si on les y force, et ce en les mettant au bord de la faillite, et en leur faisant signer, le couteau sous la gorge… aussi l’Eurogroupe exige t’il de plus en plus, mais ne laissera pas la Grèce faire faillite ( les risques sont trop incontrôlables et imprévisibles.. malgré toutes les déclarations )

C’est une première idée, la plus classique;  une autre idée se fonde sur une vision de la construction de l’Europe. La vision de M. Schaüble est une belle chose et mérite qu’on s’y arrête : il s’agit de l’union budgétaire, un ministre des Finances Européen, des Euro-Bonds et un contrôle de Bruxelles sur les budgets des Etats en contrepartie.

Tout est justement dans le « en contrepartie » : Pour M. Schaüble, Bruxelles doit avoir le droit à terme de contrôler quasi totalement le budget d’un pays qui sortirait des conditions de stabilité, car ce pays possèderait en échange des taux bas garantis par l’ensemble des Etats membres, et ce serait injuste qu’il fasse par sa conduite monter les taux pour ses partenaires qui lui ont fait confiance. C’est une vision d’une Europe totalement intégrée, une vision que personne ne semble comprendre dans la sphère politique française. Il faut se souvenir que Mme Merkel à écrit cette phrase extraordinaire : « L’Europe, pour nous tous, c’est de la politique intérieure ».. Et elle agit selon cette phrase : elle se comporte avec la Grèce comme la France se comporterait avec la région Provence Alpes Cote d’Azur si celle-ci s’endettait démesurément : l’Etat prendrait le contrôle des finances du Conseil Régional à travers le Préfet de région, et ça semblerait assez naturel.

M. Schaüble veut accoutumer l’Europe a cette idée, il veut construire cette union budgétaire, et montrer que les pays mal portants doivent se soumettre à la discipline commune si ils veulent rester dans l’Euro, la Grèce est presque un exemple qu’on fait en place publique pour donner à réfléchir aux autres. La Grèce refusant un gouvernement technocratique ( ce qui n’est pas forcément très malin, vu que la technocratie réussit superbement bien à l’Italie ), il s’agit de forcer la Grèce aux réformes technocratiques…

Le seul problème dans ce raisonnement est qu’il oublie peut être que l’Europe n’est pas encore un ensemble uni budgétairement, que la solidarité et la reconnaissance sont des facteurs puissants pour l’union des peuples, alors que l’humiliation n’amène rien de bon dans le cœur des hommes : les Grecs ne seront pas reconnaissants à l’Europe de les avoir sauvés si ça leur coûte des humiliations sans nombre et une perte de contrôle de leur politique, ils se diront qu’ils sont quittes avec l’Europe, aide contre honte, ils n’auront nulle reconnaissance. Les Grecs seront-ils encore Européens après la crise ? Rien n’est moins sur..

L’autre problème est qu’il n’est pas sûr qu’on ne retrouve pas le malade grec guéri de ses archaïsmes, mais tellement fatigué par le traitement que sa croissance mette des années à repartir.

Toutefois, de toute cette crise grecque, je veux retenir une image encore, qui donne une touche d’un drôle d’espoir : c’est l’image de M. Mélenchon devant l’ambassade de Grèce à Paris : par ce geste on voit la solidarité d’une certaine gauche dure, qui se forme au niveau européen :  et une proposition alternative à l’austérité libérale de M. Schaüble se forme au niveau européen, et réclame la solidarité et le Euro-Bonds avant l’intégration économique… un autre voie, une autre sensibilité : il y a ceux qui croient que seule l’urgence peut mettre les Etats devant leur responsabilité d’être unis, et ceux qui pensent que l’union des dettes commencera l’union budgétaire, certains sont pessimistes, d’autres optimistes sur l’homme, mais qu’importe, ce qui est vraiment important c’est que les deux parlent au niveau européen, Mélenchon comme Schaüble, Sarkozy avec Merkel comme Hollande avec le SPD sont pris dans une spirale d’européanisation de la politique qui est un espoir merveilleux.

L’Europe était en panne depuis dix ans, la crise l’éprouve gravement du point de vue économique, mais l’urgence fait que les gouvernements suivent la seule nécessité et n’ont plus les marges de manœuvre qui leur permettaient de ne pas sentir leur interdépendance économique au niveau européen, de s’illusionner sur leur souveraineté effective économique : la nécessité, elle, est brutale et montre la vérité nue : l’interdépendance économique a créé l’interdépendance politique, et celle-ci est INELUCTABLE car un gouvernement qui ne tiendrait pas compte de celle-ci détruirait dans l’année l’économie de son pays : c’était déjà vrai en 81 quand Mitterrand a tenté une politique de gauche dure : nationalisations, etc, en pleine révolution libérale dans toute l’Europe : la claque fut telle que l’on prit très vite en France le « tournant de la rigueur » … combien plus est-ce vrai à présent ! … Sans même qu’ils s’en rendent compte peut être, tous les hommes politiques d’Europe se voient contraints de prendre de plus en plus de positions sur des problèmes et des solutions au niveau européen.. Il ne manque plus grand-chose pour que se crée un grand espace de débat politique européen : un déclic, une prise de conscience de toute la classe politique que les solutions à tous ses problèmes sont à l’échelle de l’Union Européenne.

Vœux pieux ?

Espérons que ce déclic se fasse, car espérer est tout ce qu’on peut faire : analyser, l’écrire, le dire, puis attendre.

"Le Monde" est il objectif ?

Je lis régulièrement de nombreux journaux, et parmi les quotidiens de référence, souvent Le Monde, parfois Le Figaro. Le Figaro m'écoeure souvent pour ce qui est de sa ligne éditoriale ( comment peut on faire un titre comme " Hollande, la hausse d'impots pour programme" qui semble dire a ses lecteurs : on sait bien que vous votez pour votre portefeuille et pas pour l'intéret général, même si on a le droit de critiquer le hausses d'impots prévues par les socialistes sur les classes aisées particulièrement ) mais contient parfois de nombreux articles intéressants, quoique souvent habilement orientés et orienteurs, ce qui est très désagréable car on a l'impression de se faire manipuler. Ce quotidien représente pour moi une bonne part de la dégradation de la presse francaise, devenue purement informative ( comme bien des articles dans tous les quotidiens ) ou bien faussement objective, orientée, malhonnète, voire a double langage ( voir l'embarras du Figaro sur les questions de morale, soucieux de ménager son électorat traditionaliste il ménage l'Eglise et emplit des articles de morale chrétienne - de bon ton parfois -, et parfois dans la même édition un peu plus loin un article explicant la mode des bisexuels sur un ton badin et engageant ... quelques soient vos opinions sur le sujet, considérez qu'il y a là quelque chose d'étrange )

Jusqu'a ces dernières semaines, j'avais l'impression que Le Monde échappait un peu, sur le plan de l'objectivité, a la dégradation intellectuelle du reste de la presse dite de référence, mais depuis quelques semaines, plusieurs articles, un sur la prépa, d'autres sur la droite traditionelle, m'ont surpris par les clichés qu'ils véhiculaient, par le peu de finesse de leurs analyses qui étaient plutot des dénonciations, et par leur parti pris intellectuel. De même, si la ligne global du journal est plus proche de Hollande que de Sarkozy, on pouvait trouver il y a quelque semaines, dans la section "débats" ou "décrytages" des articles relativement élogieux de l'action de Sarkozy, des articles défendant le modèle néolibéral, en face d' autres défendant des approches plus proches d'Alternatives Economiques ou de cercles keynesiens, ou du programme de Francois Hollande. La polarisation propre a la campagne politique fait désormais que Le Monde a choisi son camp, celui du candidat de Gauche, je peux m'en réjouir car mes voeux se portent pour l'instant plutot sur ce candidat, mais il me reste une interrogation importante qui me hante...

OU TROUVERAIS JE DESORMAIS DES ANALYSES OBJECTIVES OU CONTRADICTOIRES POUR FAIRE MON CHOIX ENTRE LES CANDIDATS ?

Premier meeting de Sarkozy : de quelles "nouvelles idées" parle t'il ?

Verbe haut, ton sincère, M. Sarkozy a servi pour son premier meeting un discours de qualité. Certains trouveront sans doute qu’il manquait singulièrement de propositions concrètes et ressemblait plus à une réponse à ses opposants qu’au lancement d’une campagne, mais il est vrai que le président sortant est sous le feu croisé de beaucoup d’adversaires et par sa position sur la défensive. Ce qui m’intéressera ici, c’est surtout la première partie de son discours, très personnelle, et affirmant que face à la situation nouvelle héritée de la crise «  nous avons tout à réinventer ». Il a ajouté « Nous ne pouvons pas construire une nouvelle France avec les anciennes idées », celles d’avant la crise s’entend.

Le seul problème, c’est que les idées d’avant la crise, c’est la pensée néolibérale issue des réflexions des années 70 et 80 et des « Révolutions conservatrices » des années 80 ( Thatcher, Reagan ), et que ces idées n’ont jamais vraiment fait leur place à cette époque en France, sous l’ère Mitterrand car il était de gauche, puis sous Chirac, car il était d’une droite traditionnelle, peu attachée au libéralisme économique : l’homme du libéralisme en France, c’est Nicolas Sarkozy, notre Révolution conservatrice, c’est 2007 ( ce n’est pas pour rien que Rue89 mit en première page pour la victoire de Sarkozy un photomontage représentant la Dame de Fer en Sarkozy, avec cette légende :  « Margaret Karcher » ) , et c’est d’ailleurs une des explications de sa victoire éclatante, M. Sarkozy est un peu notre Reagan, et beaucoup de gens attendaient avec impatience que « ça bouge » en France, qu’on devienne enfin « comme les autres » : c’est-à-dire libéraux comme tout le monde, avec les résultats qui allaient avec : flexibilité de l’emploi, précarisation mais faible chômage, croissance plus importante portée par le secteur bancaire.

Et M. Sarkozy propose pour 2012 un programme économique encore plus libéral que le précédent : il ne s’agit plus d’heures supplémentaires mais de contrat de travail par branches, par entreprises, c’est-à-dire de la quasi totale libéralisation du marché du travail, on pourfend l’assistanat, on propose même de supprimer l’emploi à vie pour les fonctionnaires.

C’est novateur… pour la France, et c’est bien ce que veut dire M. Sarkozy quand il parle des « idées nouvelles »… mais pour le monde, c’est peut être rétrograde.

Peut être, car comme je l’ai dit dans un précédent article, certaines tendances de la pensée économique montrent que les économistes croient de moins en moins au bien-fondé des théories néolibérales : des articles dans le Financial Times, l’hostilité du jury du Nobel ( une référence ) aux théories monétaristes.

Si le libéralisme est une bonne option, alors le programme de M. Sarkozy n’est pas idiot du tout, si un keynésianisme bien compris, prenant soin de la justice et de l’harmonie de la société, tout en valorisant bien entendu le travail et l’effort, lui est préférable, alors le programme économique de M. Hollande et sa grande réforme fiscale pourrait être un programme d’avant-garde qui donnerait de l’avance à la France du point de vue économique.

Voilà qui complique bien le choix pour cette élection, car si nous nous basons sur des critères économiques, nous ne votons pas pour un homme, mais pour une théorie économique : un néolibéralisme qui a régné jusqu’ici mais a produit la crise et demande, soit une régulation, soit un changement de modèle, soit un  « néokeynesianisme » qui commence à se définir. C’est un choix scientifique autant qu’idéologique.

Je me demande si il ne vaut pas mieux choisir sur d’autres critères, puisqu’aucun des deux programmes ne sera trop dommageable économiquement ( M. Sarkozy et son programme libéral pourraient fort bien surfer 5 ans fort heureusement sur la fin du néolibéralisme – si on change de paradigme ce ne sera pas en un jour – et M. Hollande, social-démocrate, socialiste modéré, n’a pas un programme révolutionnaire immédiatement inquiétant pour l’économie, même dans une perspective libérale – il a dit en Angleterre : « je suis un libéral » d’ailleurs , mais liberal-democrat au Royaume-Uni est un parti centriste-  et peut même avoir un programme novateur en cas de changement de paradigme ).

Il y a d’autres problèmes qui se posent, problèmes de société avec la laïcité, l’immigration, le chômage, la réforme de l’éducation, et surtout la question de l’Europe et de la construction d’une Union budgétaire, qui méritent toute notre attention d’électeurs : votons aussi pour celui qui nous satisfera le plus sur ces questions.